CE TEXTE EST LA SUITE D'UN TEXTE PRECEDEMMENT POSTE. POUR LE COMPRENDRE JE VOUS RECOMMANDE DE LIRE "Vivante" AVANT.
Je roule depuis près dune heure sur cette route déserte au milieu de nulle part. Depuis que je suis sortie de Saint-Pétersbourg, je ne capte même plus la radio. Jai fait au mieux pour éviter les agglomérations sur mon chemin, juste au cas où Irminoff aurait des hommes à lui dans lune delles. Seule, je fonce vers Moscou, les roues de ma voiture soulevant des gerbes de neige fondue sur mon passage.
Ladrénaline est depuis longtemps retombée et le vent passant à travers mes deux pare-brise me gèle désormais les os. Pour une fois, jaurais du écouter ma mère et prendre un vrai manteau.
Au loin, japerçois les lumières dune petite ville. Lidée de marrêter ne menchante pas vraiment
Mais je doute que ce chien galeux dIrminoff ait planqué des sous-fifres dans toutes les bourgades entre Saint-Pétersbourg et Moscou, juste au cas où je passerais par lune delles. Et puis de toute manière, je nai presque plus dessence. Il est tard mais il doit bien y avoir une station-service ou un bar dans ce trou. Juste de quoi acheter un jerricane dessence et quelque chose pour me tenir chaud: vêtement, alcool, voire les deux. Peut-être même 'emprunter' une nouvelle voiture. Quelque chose de plus confortable.
Jappuie sur laccélérateur.
Jentre dans la bourgade alors que la petite église au centre du village sonne les onze heures du soir. La chance semble être avec moi pour une fois car une échoppe à lentrée du patelin fait office de station-service, de bar et apparemment dépicerie. Le tout est pitoyable, sale et délabré, la neige grise à moitié fondue ajoutant au côté pittoresque de lendroit. Charmant, vraiment.
Je gare mon épave sur ce que je suppose être le parking (à savoir un terrain boueux vaguement éclairé par deux lampadaires dun autre temps) et coupe le contact. Mon bras gauche me lance brutalement, marrachant un sifflement. Je serre les dents pour éviter de crier. Au moins, ça maura réveillée.
Avec mille précautions, je me sers de ma main droite pour récupérer mes affaires, quelques papiers que je fourre dans ce quil reste de ma veste, mon flingue, son chargeur de secours et les clés de la bagnole. Pas la peine que je la ferme de toute façon; ceux qui ne passeront pas par la porte passeront par les trous béants me faisant office de pare-brise
Je mextraie de la voiture en tentant de me servir le moins possible de mon bras gauche. Jai sûrement los de lavant-bras fêlé ou un truc du genre. Jai beau être casse-cou, je ne my connais pas vraiment en blessure. On ma appris à casser mais pas à réparer.
Je glisse le flingue dans larrière de mes jeans et remets ma veste par-dessus pour dissimuler la crosse. Ce nest pas dune discrétion incroyable, mais la plupart des gens de ce trou à rats doivent se balader avec un calibre 12, donc ils ne seront pas choqués par mon joujou.
Je passe une main dans ma tignasse pour tenter de discipliner mes mèches rebelles. Depuis que jai coupé mes cheveux courts ils ont décidé de pousser en tous sens, jai limpression davoir un nid à oiseaux sur le crâne. Hestia sévanouirait si elle voyait létat pathétique dans lequel je me trouve
Je pousse la porte de léchoppe. Au dessus de ma tête, une clochette émet un léger tintement. Le son me paraît tellement déplacé dans ce contexte que je dois réprimer mon fou rire. Jai vraiment les nerfs qui lâchent
La boutique est plus grande que ce que javais imaginé. On dirait presque ces petits supermarchés-drogueries quils ont en Amérique. En plus sombre et en moins moderne. A ma gauche, il ny a personne derrière la caisse, mais, de lautre côté des rayonnages, au fond du magasin, il y a une sorte de bar tenu par un homme massif. Deux petites tables en formica vert délavé font office de salle; cinq mecs (trois à lune, deux à lautre) y sont assis et boivent en discutant. Éclairé par les néons dégueulasses, le gars derrière le bar (sûrement le patron) me dévisage sans aucune gène tout en comptant une petite liasse de billets.
Mieux vaut ne pas passer la nuit ici.
La clochette a aussi attiré lattention des clients, et tous sans exception me fixent dun air torve. La froideur du canon du flingue contre mon dos me rassure légèrement. Mais lidéal serait de ne pas faire de vagues.
Maintenant que je suis au chaud, mon ventre se réveille. Je tente, en vain, de me souvenir à quand remonte mon dernier repas
Peine perdue. Tant pis, il doit bien me rester assez dans ma poche de jeans pour me payer un paquet de chips en plus.
Alors que je déambule parmi les rayons, profitant le plus longtemps possible de latmosphère tiède et sèche, la clochette à lentrée tinte à nouveau. Par réflexe, je me baisse derrière le rayonnage, observant le nouveau venu entre les deux étagères de fer. Je sens les muscles de mon dos se décontracter lentement face à la dégaine du mec. Légèrement plus grand que moi, il porte un costard dont le prix doit être tout bonnement honteux. Il nest pas bien épais sans pour autant paraître maigre ou nerveux.
Il me fait vaguement penser à un des amis dHestia, avec ses cheveux châtains en bataille et son air un peu trop détendu.
Lair parfaitement à son aise, il savance directement vers le bar, faisant fi des regards appuyés que les 'clients' lancent à sa montre ou ses chaussures italiennes. Mais quest-ce que ce mec peut bien foutre dans un trou pareil?
- Bonsoir. Jaurais besoin de deux jerricanes de diesel sil vous plait, lance-t-il au patron dune voix avenante, désignant un type d'essence sur le tableau au mur.
Du diesel, il men faudrait aussi... Putain, merde, mais quest-ce que je fous encore là moi?!
Chopant au passage un paquet de chips natures, je me dirige vers le minuscule rayon vêtements. Il ne contient que de grosses vestes de chasse kakis, la plus petite taille étant encore deux fois trop grande pour moi, mais je ne vais pas faire ma difficile. Derrière le présentoir, une vitre ayant vu de meilleurs jours me renvoie limage dune espèce de junkie-clocharde ayant été récemment passée à tabac. Il me faut une douche.
Alors que je décroche le blouson de son cintre, la cloche dentrée tinte à nouveau. Un souffle dair sur ma gauche et la vitre vole en éclats à quelques centimètres de mon visage..
Jai à peine le temps de voir deux hommes entrer, leurs silhouettes reflétées dans ce quil reste du carreau, avant de me jeter à terre.
Fantastique. Les toutous dIrminoff.
Coup de bol, jai atterri sur mon bras valide. Jenfile la veste kaki dun coup dépaule, fourre le paquet de chips dans une des poches et dégaine mon flingue. Toujours au sol, jobserve les pieds des autres personnes présentes dans léchoppe par-dessous létagère. Les clients sont tous debout et avancent prudemment vers la sortie. Le patron, une batte de base-ball pendant négligemment à son flanc, reste à proximité de la caisse.
Dans lune des travées, je vois les bottes de Yevgenyi et Volodya progresser lentement. Ils ne peuvent pas me voir et sattendent donc probablement à ce que je leur tombe dessus à tout moment. Mais je ne suis pas folle, je nai plus assez de forces pour un vrai combat, surtout contre ces deux là qui savent parfois se servir de leur cerveau. Il faut que je trouve un moyen de foutre le camp.
Couchée sur le dos, jattends patiemment que les deux bulldogs dépassent ma travée. La clochette de la porte dentrée tinte plusieurs fois de suite tandis que les clients filent sans demander leurs restes. La fatigue sabat lentement sur moi. Si je navais pas une telle dose dadrénaline dans le sang, je crois que je piquerais bien un somme, là, à même le sol de lépicerie.
Soudain, une paire de bottes, puis une deuxième apparaissent au bout de lallée. Ils me croient cachée derrière létagère alors que je suis en dessous. Alors quils dépassent la rangée, je me mets à rouler sur moi-même, passant sous plusieurs étagères.
-Putain! Elle a disparu!
-Tes où, salope?! beugle Yevgeniy.
Je me redresse lentement sur mes talons en position accroupie, le dos collé contre la dernière étagère. Je suis à moins de quatre mètres de la porte dentrée mais un autre problème se pose. Je pivote lentement, braquant mon arme sur le patron du bar. Celui-ci me jette un coup dil et jen profite pour lui faire signe de se taire, mon index gauche tremblant contre mes lèvres. Sil me balance aux deux autres, jy passe.
-Eh! Toi! Y a une sortie à larrière? gueule soudain Yevgeniy, sadressant au patron.
Celui-ci me lance discrètement un coup dil avant de marmonner:
-Ouais, la porte là, sur votre droite. Elle débouche sur larrière du parking. Elle a dû sortir par là
-Eh merde, Irminoff va nous tuer! Allez magne-toi, avance! beugle Volodya en donnant un coup sonore dans le dos de son acolyte pour le pousser vers la porte.
De ma cachette, je vois la porte du fond souvrir puis se refermer. Le flingue toujours braqué sur le propriétaire, je me rue sur la porte dentrée.
-Merci patron, dis-je simplement, avant de me précipiter dehors.
Sur le parking, ma voiture mattend comme un bateau échoué, penchant bizarrement sur la droite. Je cours jusquà lépave pour constater ce que je craignais: ces connards ont crevé mes pneus.
Des éclats de voix à lintérieur de léchoppe me font comprendre que les deux toutous ont entendu la clochette de la porte et quils sont revenus me chercher.
Je suis morte.
Aussi calmement que possible, je m'accroupis contre laile de ma voiture criblée de balles. Je sors mon deuxième chargeur, prête à les arroser de plomb quand ils sortiront. Je ne vais pas non plus leur faciliter la tâche. Je tente de me concentrer mais un drôle de vrombissement sur ma droite me fait tourner la tête.
Au moment précis où Volodya, arme au poing, ouvre la porte à la volée, faisant tinter la clochette à tout va, une superbe Audi noire déboule sur le parking, portière passager grande ouverte et pile brusquement à deux mètres de moi.
-MONTEZ! me crie le conducteur. Montez! VITE!
Sans réfléchir, je me jette dans lauto sous une pluie de balles, heurtant brutalement le mec au volant alors quil redémarre à fond de cales.
-Fermez la porte et attachez votre ceinture, sil vous plait, lâche platement mon sauveur en prenant un virage serré pour sortir du parking.
Je ne lécoute même pas et, par ma portière ouverte, vide mon chargeur sur la voiture de Yevgenyi. Celle-ci émet un drôle de couinement avant dexploser bruyamment, une de mes balles sétant logée dans le réservoir à essence.
-Ok, mademoiselle, cétait une bonne initiative. Maintenant, portière et ceinture, merci.
Légèrement abasourdie, je ferme la porte et boucle ma ceinture, presque par réflexe. Nous sortons en trombe du village, le conducteur nayant apparemment pas peur de partir dans le fossé en roulant aussi vite sur de la neige fondue. Jobserve le paysage qui défile à toute allure de lautre côté de la vitre. Je peux presque sentir ladrénaline abandonner mes veines, me laissant aussi molle quune poupée de chiffon.
-Vous êtes blessée?
Je lavais presque oublié! Je me retourne un peu trop brutalement et laisse échapper un petit gémissement lorsquune pointe de douleur me transperce le bras gauche.
Je dévisage sans aucune politesse mon preux chevalier. Mince, châtain, lair débonnaire
Jen tombe quasiment à la renverse lorsque je reconnais le mec au diesel de léchoppe.
-Vous
!
-Moi? Non, moi je nai rien. Je crois par contre que ma voiture ne passera pas le prochain contrôle technique
, dit-il dans un sourire. Je mappelle Valerian. Et vous êtes?
Je suis si surprise et choquée que je ne réfléchis même pas avant de marmonner de ma voix éraillée « Katarina
».
Ne semblant pas concerné par la route, mon héros -Valerian-, me décroche un superbe sourire en allumant une cigarette sortie de nulle part.
Recrachant la fumée par sa fenêtre ouverte, je lentends au loin murmurer:
-Ravi de vous rencontrer, Katarina.
Puis plus rien.













Comments
Mignon, le coup de la clochette
Comme d'hab, super ambiance et les personnages même de passage sont très vivants. Me plaît déjà bien, le Valérian .
M'enfin c'est pas très moral tout ça : elle a pas payé la veste et les chips...
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Ouais, le détail de la veste et des chips va revenir dans la suite.
Et Valerian bah... je l'avais pas du tout prévu comme ça. Je sais pas trop ce qui s'est passé mais il a pris peu à peu de la substance au cours de la pré
Enfin bref, merci
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Et oui, des fois ya des persos qui s'incrustent. C'est bien ce que je disais : sont vivants
Accessoirement, pour éviter d'avoir des rigoletums dans les dé
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Alors ! Moi aimer, hop.
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Non, comme il est dit plus haut, l'ambiance est vraiment excellente. Le moment où Katia arrive dans la station service/supérette est trop trop cool. J'ai l'impression de voir un film parfois en lisant tes textes, et là il y avait tout : l'ambiance crâde/désaturée du lieu, dans des tons un peu verts/bleus/gris avec quelques détails pour rehausser le tout comme l'éclat doré des clochettes et de leur bruit ridicule... j'avais la bande son en tête, un espèce de silence malsain rythmé par une petite musique russe de supermarché et des murmures des clients et... Hem, tu as compris l'idée, quoi. J'aime quand un texte se transforme en film et c'est exactement ce qui se passe la plupart du temps en te lisant. Bravo Nine.
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Avatar by ~Makiling
En fait je pense ces textes comme des bouts d'une série télé, donc c'était exactement l'ambiance que j'essayais de rendre!
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Sinon, le début peine un peu, il y a quelques phrases qui me paraissent un peu lourdes ou mal casées sans que je puisse vraiment expliquer pk... mais dès qu'elle entre dans la boutique, on est vraiment pris dans le truc, ça se laisse lire tout seul ! Encore un bravo de plus
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Toc toc toc...
_ Sarah Connor ?
_ Ah non, c'est à côté.
Quant aux persos.. t'as encore rien vu.
Faut qu'on finisse cette collab un jour, bébé hamster.
Encore un merci de plus
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Toc toc toc...
_ Sarah Connor ?
_ Ah non, c'est à côté.
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